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Le pari géoéconomique du Gabon face aux réalités du marché mondial

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Harold Comlan 15 May 2026
Le pari géoéconomique du Gabon face aux réalités du marché mondial

Lors du Africa CEO Forum de Kigali en mai 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu une vision de plus en plus présente dans plusieurs États africains : utiliser les ressources naturelles non plus seulement comme rente d’exportation, mais comme levier de souveraineté économique et industrielle.

En reliant les tensions autour du Détroit d'Hormuz à la hausse des prix du pétrole, le président gabonais adopte une lecture géoéconomique pragmatique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 20 % du pétrole mondial transite par ce corridor stratégique, ce qui explique pourquoi chaque crise régionale provoque une hausse des prix du brut. Agence internationale de l’énergie – Strait of Hormuz

Dans cette logique, le Gabon espère profiter de la hausse des revenus pétroliers pour réduire sa dette et financer ses infrastructures. Toutefois, cette stratégie reste fortement dépendante des dynamiques du marché mondial. Les prix du pétrole sont influencés à la fois par les marchés financiers internationaux, les tensions géopolitiques et les décisions de l’OPEP dont il est membre et de l’OPEP+. Ainsi, même en augmentant sa production, le Gabon demeure exposé aux arbitrages des grandes puissances énergétiques et à la volatilité des cours mondiaux.

Le second axe du discours concerne le manganèse, dont le Gabon possède certaines des réserves les plus riches au monde. Le groupe Eramet rappelle régulièrement que la mine de Moanda figure parmi les gisements à haute teneur les plus importants de la planète. En exigeant désormais une transformation locale du minerai, Libreville cherche à monter dans la chaîne de valeur et à éviter de rester un simple exportateur de matières brutes.

Mine de Moanda (Gabon ) - source RFI

L’ambition est cohérente avec les mutations actuelles de l’économie mondiale, notamment la compétition autour des minerais critiques nécessaires à la transition énergétique. Mais elle se heurte à plusieurs obstacles structurels : coûts énergétiques élevés, faibles capacités industrielles, dépendance technologique et infrastructures limitées.

Le raffinage pétrolier illustre bien ce problème. Comme beaucoup de pays africains, le Gabon exporte encore principalement du brut et dépend fortement des capacités étrangères de transformation. Construire une industrie de raffinage ou de métallurgie compétitive nécessite des investissements massifs, une énergie stable et des technologies avancées.

Le discours du president du Gabon, Brice Oligui Nguema traduit donc une volonté réelle de souveraineté économique. Mais sa réussite dépendra moins de la rente pétrolière ou des annonces politiques que de la capacité du Gabon à construire une base industrielle capable de résister aux contraintes des marchés mondiaux et aux rapports de force géoéconomiques internationaux.